L'intitulé
exact est « Etude: Quelles formations et
quelles mesures pour sécuriser l'application professionnelle, la
vente et le conseil des produits
biocides? »
Ce qui suit
est le copié/collé d'un mail envoyé au signataire de la Lettre de
Mission.
Bonjour Monsieur
Schwoerer
J'ai attentivement
pris connaissance de votre lettre de mission, qui m'a été transmise
par la Société ALCIMED, dans le cadre de son
enquête.
Je suis en
mesure de vous apporter une contribution, sur la base de mes quinze
années d'expérience en formation professionnelle sur les thèmes
"dératisation, désinsectisation et désinfection", et
d'accompagnement en VAE pour l'obtention ou le renouvellement du
DAPA.
Pour
information, une requête "formation dératisation" sur Google, Bing,
Voilà ou Yahoo vous permettra de constater que mon site et mon blog
se présentent plusieurs fois en première page des résultats. Par
ailleurs, certains articles de mon blog s'inscrivent tout à fait
dans la logique de votre étude.
Toujours
pour information, je joins mon CV, qui vous éclairera sur mes
compétences.
J'en viens
enfin aux points soulevés dans la lettre de mission, relativement à
la formation des professionnels de la dératisation et
désinsectisation.
1/ Il n'y a
pas de filières de formation initiale pour les applicateurs de
produits biocides et/ou phytosanitaires dans le cadre de l'hygiène
publique (cf NFU 43-500). A ce jour l'essentiel des
formations professionnelles continues pour ce public est assuré par
les fabricant et/ou revendeurs de produits, s'appuyant sur leur
réseau de commerciaux pour recruter des stagiaires. Ce mélange des
genres est malsain, quoique puisse s'en défendre les intéressés ,
arguant d'une « neutralité » du contenu de leurs
formations; ce qui ne peut tromper personne, tant les intérêts
communs croisés sont évident. En effet, une formation est
nécessaire pour le renouvellement du DAPA...
A l'exemple
de la législation imposant une séparation nette entre les
garagistes automobiles et les centres de Contrôle Technique
Automobiles, il semble raisonnable de séparer les formations 3D des
intérêts commerciaux des vendeurs de produits. Il est clair que
l'effet pervers de la Directive Biocide est qu'une molécule et/ou
un produit fini homologué a coûté cher, et qu'il convient d'en
assurer un retour sur investissement. Qui peut croire que les
formations proposées par les fabricants et revendeurs restent
étrangères à cette logique?
On peut d'ailleurs
noter que la Chambre Syndicale 3D fraie ouvertement avec les
formulateurs et revendeurs de produits biocides et phytosanitaires,
qui constituent la majorité des intervenants conférenciers lors de
ses journées techniques. Quel autre syndicat professionnel réunit
dans ses adhérents fournisseurs et clients? Au moins l'esprit de
lobbying est assumé, et on comprend que le domaine de la formation
des applicateurs soit relativement opaque, et pose donc
problème.
Le plus sidérant,
est que la NFU 43-500 avalise cet état de fait en prônant la
formation des nouveaux applicateurs par le
« compagnonnage », c'est à dire par la formation
dispensée « sur le terrain » par les collègues plus
expérimentés. Que peut bien valoir un tel enseignement, sachant
qu'il n'y a jamais eu de formation initiale pour les
« enseignants », et que s'il y a des mauvaises manières
de faire, elles seront reproduites à l'envi? Je ne suis pas étonné
que bien des applicateurs confirmés que j'ai eu en formation aient
fait part du besoin « de changer leurs habitudes de
travail »...
Ceci étant, je
crains que si l'Etat légifère sur ce sujet en imposant des
formations « neutres » dispensées par ses soins dans des
lycées agricoles, on retombe de Charibe en Scylla.
J'en veux pour preuve la fin de non recevoir qui m'a été présentée
par plusieurs Lycées Agricole à qui je proposai d'intégrer un
véritable module « dératisation et désinsectisation »
dans leur programme de renouvellement/obtention du DAPA. Et je suis
à jeun d'avoir trouvé de véritables spécialistes du sujet dans les
équipes pédagogiques s'occupant du DAPA...
Notons aussi une
erreur de fond commise par la profession, qui réclame de nouveaux
rodenticides, au motif que ceux disponibles aujourd'hui dans le
cadre de la Réglementation Biocide sont inefficaces. C'est en fait
l'aveu qu'on a mal dératisé pendant des années. Pour des histoires
de rentabilité évidentes, on a confondu un travail de trappeur avec
celui de pharmacien, une attitude de semeur/ épandeur avec celle
d'un stratège.
Quand la presse et
les médias s'inquiètent des études scientifiques démontrant
qu'insectes ou rongeurs sont immunisés contre des pesticides
déversés en trop grande quantité, ne dénoncent-ils pas, de fait,
l'incompétence des applicateurs?
J'en veux pour exemple la
dernière étude de M. Pascal Delaunay publiée dans le dernier numéro
de Nuisibles et Parasites Information sur la punaise des
lits. Une méthode mécanique
d'éradication, sans biocides, a été présentée. Quels applicateurs
la connaissaient ou ont eu accès à cet article? Or, il est
scientifiquement acquis que la résistance de la punaise des lits
aux biocides classiques est la conséquence de l'épandage (inutile)
de trop grandes quantités
d'insecticides!
2/ Parlons
maintenant du DAPA, dont on attend toujours la réforme, et qui est
inopérant pour les applicateurs d'entreprises 3D
(cf courrier de M. Jacques Dumez, Chef
du Service Régional de l'Alimentation à la DRAAF Rhône-Alpes, cité
ici
http://hyform.blogspace.fr/1933079/Enterrement-de-premiere-classe-pour-le-DAPA/),
et de CERTIPHYTO, deux certifications totalement inadaptées aux
besoins des applicateurs en hygiène publique. Elle relèvent
d'ailleurs du Ministère de l'Agriculture, et il ne faut pas
s'étonner de leur orientation, donc, très agricole. Pourquoi donc
imposer ces certifications au professionnels de l'hygiène publique?
Faut-il citer une nouvelle fois ce bon Lafontaine qui différenciait
le rat des champs du rat des villes?
Dit plus
prosaïquement, il s'agit de certifications de type
« pharmacien », alors qu'un bon dératiseur/
désinsectiseur doit être un « docteur » recourant le
moins possibles aux « médicaments ». Je m'explique. Les
populations de rongeurs commensaux sont inféodés à la quantité de
nourriture disponible. Ils vivent en société hiérarchique et sur un
territoire qui n'a que faire des limites créées par les hommes.
Leur empoisonnement exige une enquête préalable relevant de
compétences de « trappeur », et pas de chimiste ou de
pharmacien. Cette enquête préalable doit permettre d'évaluer le
territoire infesté et donc la quantité de poison à appliquer et,
tout aussi important, résoudre la question de la concurrence
alimentaire.
En effet,
quel attrait peut bien avoir pour des rats du blé ensaché depuis
des mois dans du plastique, alors que du blé frais est disponible
dans le silo infesté, ou de la viande dans les poubelles
entreposées sur le trottoir? Je souligne une nouvelle fois que j'ai
trop souvent vu des appâts choisis et déposés en dépit du bon sens,
surtout de la part des services hygiène communaux. Or bien des
applicateurs avaient suivi des formations pour le renouvellement du
DAPA... Il y a donc aujourd'hui un véritable problème du contenu
des formations proposées par les fabricants/ revendeurs et les
Lycées Agricoles, et toujours l'abération du
« compagnonnage » avalisé par la NFU
43-500.
Que penser
d'un futur CERTIBIOCIDE? Que si son contenu reprend la logique du
DAPA et de CERTIPHYTO, on va tourner en rond. Un applicateur de
biocides devrait savoir en utiliser le moins possible, et pour ce
faire il conviendrait qu'il connaisse au mieux les rongeurs et/ou
arthropodes cibles. Il serait donc souhaitable que le contenu du
référentiel CERTIBIOCIDE fasse la part belle à la biologie des
rongeurs et insectes dits nuisibles, plutôt qu'à des notions de
chimie ou des problématiques agricoles.
Pour
résumer:
- Interdire à ceux
qui ont intérêt à vendre des produits à dispenser des formations
(ce qui inclue aussi le recours à leurs commerciaux pour assurer
des formations dans des centres indépendants);
- Revoir en profondeur le DAPA
et/ou intégrer dans CERTIBIOCIDE des modules conséquents sur la
biologie des nuisibles et les techniques de lutte
raisonnée;
- Inciter l'Education nationale et
le Ministère de l'agriculture à inclure dans leurs référentiels la
connaissance des nuisibles courants et les moyens de lutte
raisonnée.
Etant actuellement
en cessation d'activité suite à un accident de la circulation
(handicap de 80%), et n'ayant plus de revenus professionnels, je ne
peux pas me déplacer sur Paris, mais je reste à votre disposition
par mail et téléphone pour poursuivre ou étoffer cette
contribution, si bien sûr vous la jugez
opportune.
Cordialement
Pierre Falgayrac